Pré­cis de Magie Végé­tale

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La Théri­aque

La plus pres­tigieuse des pré­pa­ra­tions phar­ma­ceu­tiques de tous les tempstheriaque affiche mérite bien le titre de «Panacée Uni­verselle» pour avoir guérit depuis près de 2000 ans, toutes sortes de maux et de fléaux. Les Grecs, les Latins, les Arabes, les Mires du Moyen-​Age et de la Renais­sance, ainsi que les médecins de Molière, ont grâce à elle soigné les hommes con­tre toutes sortes de poi­sons, de plantes vénéneuses et bêtes venimeuses.

Ethy­mologique­ment, le nom de Théri­aque vient du mot grec «ther», qui sig­ni­fie : bête farouche et ven­imeuse, ou de «ther­son» : vipère. En effet, la vipère est un des élé­ments prin­ci­paux de cette préparation.

Mais la théri­aque exis­tait bien avant d’acquérir son nom et son pre­mier inven­teur ne fut autre que Mithri­date Eupa­tor, roi du pont, qui la mit au point avec l’aide de son médecin, Cratevas.

Mithri­date, par crainte d’être empoi­sonné, avait créé un «alex­iphar­maque» (remède qui pro­tège) et imag­iné de s’immuniser con­tre les poi­sons en prenant chaque jour des petites doses d’une pré­pa­ra­tion con­sti­tuée par 20 feuilles de rue, un grain de sel, deux noix et deux figues sèches.

Cette pré­pa­ra­tion qui sem­blerait bien anodine, lui réus­sit si bien que lorsqu’il fut fait pris­on­nier par les Romains, il ne put arriver à s’empoisonner pour échap­per à ses enne­mis et qu’il dut subir la peine capitale.

C’est ainsi que revint à Mithri­date la gloire d’avoir décou­vert les pro­priétés de l’immunisation et d’avoir util­isé sans le savoir, les principes de l’homéopathie — sim­ilia sim­ilibus — 2000 ans avant Hannemann.

Cette pre­mière théri­aque fut rapi­de­ment aug­men­tée de nom­breux pro­duits provenant à la fois du règne végé­tal, du règne ani­mal et du règne minéral.

Selon Pline l’Ancien, elle se com­po­sait alors, suiv­ant une inscrip­tion gravée sur une pierre du temps d’Esculape de: Ser­po­let, d’oponax, de bau­dremoine, de grain de trèfle, de graine d’anis, de fenouil, d’ajouan, de lentille, le tout malaxé dans du vin.

Elle arriva ainsi à com­pren­dre avec les élé­ments ini­ti­aux de Mithri­date, 36 puis 54 sub­stances, ainsi que nous le rap­porte Galien.

L’Empereur Néron qui esti­mait la com­po­si­tion pre­mière bien insuff­isante, chargea son médecin Andro­machus le Cré­tois d’en ajouter d’autres, aug­men­tant surtout la dose de vipère.

A son tour, un autre empereur, Tra­jan, demanda à son médecin Criton, d’améliorer encore la for­mule. Criton la com­pléta par l’addition de pro­duits des trois règnes : le pavot, le bitume ou terre sig­illée, le cas­tor et incor­pora le tout à du miel blanc et du vin d’Espagne.

Au cours du Moyen Age et de la Renais­sance fut encore améliorée par de nom­breux médecins.

Au 17° siè­cle, Moyse Cha­ras, célèbre apoth­icaire de Mont­pel­lier installé à Paris à l’enseigne «Les Vipères d’Or» acquis grâce à la Théri­aque une célébrité remar­quable lors de la pub­li­ca­tion de son fameux «Traité de la Théri­aque» édité en 1668 et qui lui valut entre autres, le titre et les fonc­tions de Démon­stra­teur au Jardin du Roi, l’actuel Jardin des Plantes.

com­por­tait 74 sub­stances. Si la com­po­si­tion était com­pliquée, la pré­pa­ra­tion n’était pas moins impor­tante, et, tou­jours d’après Cha­ras : «il faut user de pré­cau­tions, estre soigneux de recueil­lir sécher et ser­rer tous les ingré­di­ents. Il ne s’est guère passé de jours que je n’aye tra­vaillé à mon des­sein, de recevoir le safran en novem­bre, de com­mencer mes pré­parat­ifs dès le print­emps, d’occuper en jan­vier pour étaler ma dis­pen­sa­tion et en mois de février j’en fais mes poudres et achève mon ouvrage.»

Après de tels soins qui duraient plus d’un an, il fal­lait ajouter encore six mois pour laisser fer­menter la pré­pa­ra­tion et livrer la théri­aque enfin prête à la con­som­ma­tion. Cha­ras n’était d’ailleurs pas inquiet sur les ver­tus de sa pré­pa­ra­tion : «Je dirai suc­cincte­ment un grand nom­bre de mal­adies pour lesquelles on a accou­tumé de s’en servir avec suc­cès et dont je puis dire avoir été moi-​même le témoin : con­tre poi­sons, mor­sures, piqûres de bêtes ven­imeuses, con­tre toute sorte de peste et fièvre pesti­lente, con­tre fièvre quarte, vers et toute pour­ri­t­ure, diar­rhée, dis­en­terie et lien­terie, mis­erere, choléra mor­bus, toutes col­iques, toutes froideurs et dévoye­ment d’estomach et des intestins, toutes ven­tosités, cor­dial­ités, con­vul­sions, épilep­sie et toutes mal­adies de cerveau, impuis­sance et mal­adies de vessie et par­ties spermatiques.»

Avec une telle panacée à leur dis­po­si­tion les médecins du Grand Siè­cle n’avaient pas besoin de se tor­turer l’esprit pour admin­istrer à leurs malades, outre le clystère ou la saignée, un remède pro­pre à les remet­tre rapi­de­ment sur pied ou les envoyer «ad patres», ce qui arrivait après l’absorption trop copieuse d’une telle mixture.

D’autant plus que cet admirable remède deve­nait dan­gereux une fois dans l’organisme, s’il n’y trou­vait point de poi­son à chasser.


Pré­pa­ra­tion de la Thériaque

extraite du Dic­tio­n­naire ency­clopédique des Sci­ences Médi­cales (déc 1886)

Racine d’acore.….….….….…30

Racine de gingembre.….……60

Racine d’iris.….….….….….…60

Racine de quintefeuille.….…..30

Racine de rapontic.….….……30

Racine de valériane.….….…..60

Racine de nard celt.….….…..20

Racine de meum.….….….…..20

Racine de gentiane.….….…..20

Racine d’aristoloche clém.…..10

Racine de Cabaret.….….……10

Bois d’aloès.….….….….….…10

Schœnanthe.….….….….……30

Ecorce de canelle.….….……100

Ecorce de citron.….….….…..30

Scille sèche.….….….….….….60

Som­mité de scordium.….…..60

Som­mité de marrube.….……30

Som­mité de calament.….…..30

Som­mité de chamœdrdrys…20

Som­mité de chamœpitys.……20

Som­mité de pouliot.….….…..30

Dic­tame de Crète.….….….….30

Lau­rier, feuilles.….….….….…30

Cen­tau­rée p.….….….….….…10

Hypericum.….….….….….……20

Stœchas, arab.….….….….….30

Roses rouges.….….….….…..60

Safran.….….….….….….….…40

Sémin. d’ammi.….….….….….20

Sémin. d’anis.….….….….……20

Sémin. de fenouil.….….….…..20

Sémin. de Dau­cus de Crète.…10

Sémin. de séséli.….….….……20

Sémin. de persil.….….….……30

Car­da­mone minor.….….….….80

Poivre noir.….….….….….……60

Poivre long.….….….….….….120

Sem. d’ers.….….….….….….200

Sem. de navet sauvage.….….60

Agaric blanc.….….….…..60

Vipères sèches.….….…..60

Castoréum.….….….….…10

Opium de Smyrne.….…120

Suc de réglisse.….….…..60

Suc de cachou.….….……40

Gomme arabique.….……20

Mie de pain desséchée.…60

Galbanum.….….….….….10

Myrrhe.….….….….….…..40

Oliban.….….….….….……30

Ben­join en larmes.….…..20

Opopanax.….….….….….10

Sagapénum.….….….……20

Asphalte.….….….….……10

Terre sigillée.….….….…..20

Sul­fate de fer desséché…20

Térében­tine de Chio.……50

Miel blanc.….….….……3500

Vin de Magag.….….……250

Faites avec toutes ces matières (la térében­thine, le miel et le vin excep­tés) une poudre fine com­posée : c’est la poudre thériacale.

Liqué­fiez la térében­thine à une douce chaleur, ajoutez-​y assez de poudre pour la diviser.

Délayez ce pre­mier mélange avec le miel fondu et chaud.

Ajoutez peu à peu le reste de la poudre et Q.S. de vin d’Espagne pour avoir une pâte molle.

Con­servez.

Au bout de quelques mois, il est néces­saire de broyer à nou­veau la théri­aque. (Codex.)

Aver­tisse­ment : Les effets des plantes ne sont pas anodins. Cer­taines plantes ou par­ties de plantes sont tox­iques. Pour toute util­i­sa­tion thérapeu­tique, deman­dez l’avis de votre phar­ma­cien ou phytothérapeute.